Victor Hugo, défenseur du livre numérique ?

On a tout entendu sur la différence fondamentale qui existe entre les « Vrais Livres » et les livres numériques… L’absence d’odeur de papier (qui constitue pourtant un élément indispensable de toute lecture digne), la difficulté insurmontable de lire sur un écran (au vingt-et-unième siècle…), le mal que fait (exprès à n’en pas douter) l’édition électronique aux libraires… Le livre numérique n’est à l’évidence pas un « Vrai Livre » et il annonce certainement la fin du monde.

Quoique truffé de mots à la mode et de concepts 2.0, ce débat n’est pas tout à fait nouveau. Pour nous en convaincre, ouvrons un exemplaire papier du Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. Le parfum de cellulose vient chatouiller nos narines et la clarté des caractères sur la page nous émerveille : nous sommes prêts à lire un passage de cet immense ouvrage. 

L’action se déroule au quinzième siècle, et dans ces premières pages, un public aussi nombreux que divers s’est pressé au Vieux Palais pour assister à une pièce. Au milieu de la foule, le libraire juré de l’Université se confie à Maître Gilles Lecornu :

« Je vous le dis, monsieur, c’est la fin du monde. (…). Ce sont les maudites inventions du siècle qui perdent tout. Les artilleries, les serpentines, les bombardes, et surtout l’impression, cette autre peste d’Allemagne. Plus de manuscrits, plus de livres ! L’impression tue la librairie. C’est la fin du monde qui vient. »

Nul doute que ces mots faisaient abondamment sourire le lecteur de 1831 : la fin du monde avait manifestement été remise et la mort du livre manuscrit n’avait – contre toute attente – pas entraîné la mort du livre. 

Représentation de Victor Hugo tel que dessiné par Auguste Rodin

Conclure sur le fait que la vie est un éternel recommencement serait un peu facile, vraisemblablement inexact et n’avancerait personne. Il est probablement plus intéressant d’identifier que le sort du livre électronique sera celui du livre imprimé : il remplacera son prédécesseur jusqu’au jour où une nouvelle forme le remplacera. Dès lors, ce qui compte n’est pas tant la forme que ce que l’on en fait. Espérons que des génies viendront rejoindre Homère, Chrétien de Troyes, Rabelais, Hugo et Houellebecq et préparons une place pour eux.

Qu’importe que les plumes d’oies se soient vues remplacées par des claviers ! qu’importe que la cellulose ait cédé la place aux écrans (même tactiles) ! qu’importe le flacon pourvu qu’ont ait l’ivresse.